mardi 17 septembre 2013

50 ans, parcours de rêve




Nous naissons un jour, nous vivons et puis, finalement, nous mourrons. C’est inéluctable. Si nous avons très peu d’emprise sur la première et la dernière partie de notre vie, nous sommes seuls maîtres du temps qui nous est alloué sur terre. J’ai décidé que le reste de ma vie m’appartiendrait. Je ne me demande pas où mènent les routes; c'est pour le trajet que je pars.

Je me nomme Jean Pouliot et je fêterai bientôt mes 50 ans. Je suis né dans une famille modeste, mais très heureuse. Passionné de sciences et de golf, j’enseigne la physique et la chimie au Collège de Lévis depuis environ 25 ans. J’ai une propension extraordinaire à être heureux, et ce, depuis toujours.

Notre vision du monde est grandement influencée par notre enfance. Ma mère et mon père m'ont inculqué quelques valeurs fondamentales qui ont fait de moi ce que je suis. Le respect des autres et de mon entourage ainsi que la droiture dans toutes mes actions m’ont été montrés et c’est ce que j’ai transmis à mes enfants. J’ai des parents merveilleux que je ne mérite pas.

J’aime profondément mes enfants. Jessica, Sara et Simon sont ce que j’ai de plus précieux dans la vie. J’espère être un bon père, car ce sont des enfants merveilleux. 

Linda et moi sommes ensemble depuis toujours. En fait, en 2015, j’aurai vécu les trois quarts de ma vie avec elle dont près de 30 ans de mariage. Nous nous entendons sur bien peu de choses sauf sur l’amour inconditionnel que nous portons à notre famille. 

En 1990, mon premier fils, Kevin, est décédé alors qu’il n’avait pas encore un mois. Je ne crois pas, encore aujourd’hui, que mon deuil soit terminé. À bien y penser, je suis convaincu qu’il ne le sera jamais. À l’époque, pour me réconforter peut-être, je disais que les événements remplis de peine et de souffrance nous faisaient cheminer et replaçaient les priorités au bon endroit. Quelle foutaise ! Quelques mois après le décès de mon fils, je suis retombé dans la routine avec les priorités du quotidien plutôt que celles de la vie. Je suis profondément malheureux, mais je ne m’en rends pas compte, car je suis toujours heureux. 

En 2003, au début de la soixantaine, mon père a reçu un diagnostique de la maladie d’Alzheimer. La détérioration de ses conditions physique et mentale en moins de 10 ans m’a ouvert les yeux sur l’importance de ne pas attendre la retraite pour vivre. 

Plus récemment, en 2011, la mort de mon amie Odette, emportée par un fulgurant cancer, m’a aussi beaucoup affecté. Femme énergique et militante, elle entrevoyait une retraite méritée qui allait lui permettre, enfin, de penser à elle. L’annonce de sa mort m’a frappé de plein fouet. Il faut vivre à tout prix dès maintenant. J’ai probablement plus d’années passées que d’années à venir et l’urgence de vivre se fait de plus en plus sentir dans les décisions que j’envisage ou que je prends. 

À la question jusqu’à quel âge est-ce que je désire vivre ?, j’aime répondre que je veux vivre jusqu’à ma mort. Pourtant, beaucoup de choix que j’ai faits au cours des années m’ont tout simplement amené à m’installer dans le confort et l’indifférence. Un confort qui m’a empêché de percevoir la beauté des choses de la vie et tout le côté grandiose de notre monde. L’indifférence qui nous rend aveugle au sort que nous réservons à la faune, à la flore ainsi qu’aux êtres humains qui nous entourent de près ou de loin. Le confort douillet de la technologie et du modernisme qui nous amène à oublier le côté pernicieux du discours propagandiste du bonheur dans la consommation à outrance. Le confort et l’indifférence du plaqué or.

Loin de moi l’idée de la simplicité volontaire, mais j’ai décidé que les possessions matérielles ne constitueraient pas l’échelle avec laquelle j’allais mesurer mon bonheur. Mon existence ne peut se résumer à posséder des choses. Je veux posséder la vie.

Ce soudain goût de vivre intensément ne doit pas laisser sous-entendre que j’ai peur de la mort. Bien au contraire. Mes lectures et mes réflexions m’ont amené à réfléchir sur le sens de la vie et de la mort. Je sais depuis environ dix ans que je suis athée. Je ne crois pas en Dieu. En aucun dieu. En 2012, je suis tombé par pur hasard sur une citation de Mark Twain qui disait: Je n'ai pas peur de la mort. J'ai été mort pendant des milliards et des milliards d'années avant de naître, et je n'en ai pas souffert le moins du monde. Ce petit bout de texte fut une véritable révélation dans ma façon d’envisager le reste de ma vie. La mort n’est plus effrayante. Je n’ai pas peur de mourir : j’ai horreur de penser que je ne vivrai plus.

En 50 ans, je n’ai jamais fait de folies. Pas le moindre geste qui sort de l’ordinaire. Jamais. Je ne fume pas, je ne bois jamais d'alcool et je m'habille dans des friperies. L’astrophysicien Carl Sagan a dit : Quelque part, quelque chose d’extraordinaire attend d’être connu. Il m’a fallu presque 50 ans pour réaliser pleinement cette vérité du monde merveilleux qui nous entoure. J’ai donc décidé de partir avec ceux que j’aime pour faire ce qui me passionne dans la vie : pour mes 50 ans, jouer au golf sur les 50 meilleurs parcours publics des États-Unis et réaliser les 50 rêves d’aventure de ma jeunesse. Voilà ce que je ferai pendant six mois en 2014.

Une demi-année sabbatique pour clôturer sept années de préparation et de recherche afin de faire mon voyage, mais aussi, et surtout, pour faire une introspection de qui je suis et de ce que je veux être pour le reste de ma vie. 

Ce blogue vous permettra de suivre notre voyage tel que nous l’avons vécu mais aussi de suivre mon cheminement intérieur qui fait que je suis une personne différente aujourd’hui. Suis-je une meilleure personne ? Je l’espère.

Finalement, certains d’entre vous diront que je suis chanceux de faire ce voyage. La chance n’a rien à voir avec ce projet. Je n’ai pas gagné mon voyage, je l’ai travaillé. J’ai décidé que je devais faire le point sur ma vie passée pour préparer le futur. J’y ai travaillé presque quotidiennement pendant sept ans. Je me suis analysé pendant presque aussi longtemps. Je vais vivre jusqu’à ma mort.


     Jean Pouliot