Utah
J’ai été conquis par l’Utah. Dans l’espace d’environ trois semaines, nous avons visité Monument Valley. Dead Horse Point State Park, les parcs nationaux des Arches, de Canyonlands et de Bryce Canyon, ainsi qu’une partie du Grand Canyon. Nous nous sommes arrêtés dans la très jolie ville de Moab et nous sommes tombés sous le charme. Nous avons emprunté les routes de l’état sans jamais trouver le décor monotone. De kilomètre en kilomètre, le décor change aux grés de l’altitude et des dénivellations passant du désert de pierres aux champs luxuriants pour revenir au désert de cactus. Nous avons connu des journées de chaleur torride et des journées de neige. Nous avons vécu des journées sous le point de congélation accompagnées d’un ciel bleu immaculé et des journées chaudes par grands vents. Nous nous sommes déplacés pendant des heures sur des mesas à plus de 7000 pieds d’altitude et avons vu la pluie descendre des nuages sans jamais atteindre le sol. Nous avons vu des virgas accompagnées d’éclairs au-dessous de nous.
Dead Horse Point est un parc d’état situé approximativement entre le parc des Arches et de Canyonlands. Les 25 km de route qui nous amènent de l’autoroute aux portes du parc sont sinueux et très abruptes. La limite de vitesse est de 45 km/h et je ne peux imaginer comment quelqu’un peut atteindre cette vitesse. Une fois rendu, les points de vue sont magnifiques et les sentiers de marche sont très intéressants.
Canyonlands est un immense parc où il est possible de voir comment la rivière Colorado et la rivière verte ont façonné le paysage au cours des millénaires. Les décors sont grandioses et les moments de contemplation sont nombreux. À elle seule, Mesa Arch vaut la peine de se déplacer.
Le parc des Arches est l’endroit où l’on rencontre la plus grande concentration d’arches et de ponts naturelles au monde. La Delicate Arch est probablement la plus connu et, quoique la route pour s’y rendre soit assez difficile, elle vaut le déplacement.
Bryce Canyon a été mon véritable coup de cœur en Utah. La première partie est tout simplement extraordinaire. Si le Grand Canyon s’impose par son côté majestueux, Bryce Canyon se démarque par sa beauté sans pareille. Les sentiers de marche nous font déambuler dans les formations rocheuses multicolores pendant près de deux heures. La fascination est à son comble et l’enchantement est total.
Nous n’avons qu’effleuré ces majestueux parcs et leurs innombrables merveilles. Je reviendrai bientôt en Utah.
Monument Valley
J’ai toujours aimé les
westerns et John Wayne est véritablement mon acteur préféré. Le réalisateur et
critique français, Jean Luc Godard disait de lui: Comment puis-je haïr John Wayne qui soutient Barry Goldwater et l’aimer
tendrement quand il prend brusquement Nathalie Wood dans ses bras dans la
dernière scène de La prisonnière du désert ? Comme il a raison.
Monument Valley sera
toujours associé aux westerns, à John Wayne et à John Ford. Ces
gigantesques monolithes de pierres qui se dressent dans le désert comme des
immenses sentinelles font partie de la mythologie du cinéma de l’ouest, non pas
comme des décors, mais comme des acteurs à part entière.
Les routes ne sont pas
du tout carrossables dans ce parc géré par la tribu Navajo. Les tours organisés
deviennent une véritable aventure digne des épopées des premiers pionniers qui
se sont amenés dans cette région sauvage il y a plus d’un siècle. Sur des
sièges aménagés dans la boite d’un Ford-150, nous avons exploré une petite
partie de cette contrée pendant plus de trois heures. Je prenais des photos et
je sentais mon sourire constant dans les muscles de mes joues.
Je ne pouvais
m’empêcher de penser au film La prisonnière du désert. Je me déplaçais sur les
mêmes routes, les mêmes sentiers que ces personnages plus grands que nature. J’étais
devenu Ethan Edwards, chevauchant au cœur du territoire indien, dans une quête
impossible.
Lors de notre départ de Monument Valley, je me
suis rappelé que je poursuivais ma propre quête, mais intérieure. J’étais
heureux, en paix et peut être même plus grand.
Trinity Site
Il est essentiel de comprendre que les découvertes en
science ne sont pas faites parce qu’elles sont utiles, mais parce qu’il était
possible de les trouver.
Robert J. Oppenheimer
À partir de 1942, le
Projet Manhattan a réuni, dans une toute petite ville du Nouveau-Mexique, Los
Alamos, une quantité phénoménale de scientifiques, d’ingénieurs et de
militaires dans un seul but : fabriquer le premier engin nucléaire et
ainsi devancer les scientifiques de l’Allemagne nazi. Si la majorité était
américaine, plusieurs de ces hommes de science avaient fui l’Europe à la fin
des années trente pour assurer leur sécurité et celle de leur famille. Ils ont
trouvé refuge aux États-Unis, dans les universités les plus prestigieuses et
ils n’ont pas hésité à se joindre au projet. Jamais auparavant avait-on vu
autant de scientifiques de grande valeur réunis à un même endroit et surtout travaillant
à un même projet. En partant d’à peu près rien, ils ont réussi à recréer
l’énergie du soleil, source de toute vie sur notre planète. Il est indéniable
que le projet Manhattan est la plus grande réussite scientifique de tous les
temps.
Au début de l’année
1945, rien ne va plus pour l’armée Allemande et finalement la reddition est
signée le 8 mai. Les scientifiques de Los Alamos sont en liesse et ils se
préparent à retourner à la vie civile, mais la guerre n’est pas finie.
L’utilisation de la bombe atomique se fera contre le Japon qui avait débuté les
hostilités en attaquant Pearl Harbor en décembre 1941. Malgré la désapprobation
des physiciens du projet, le travail se poursuit toujours sous les ordres de
Robert Oppenheimer et du général Leslie Grooves. Les pétitions et les
hypothèses de démonstration devant les autorités nipponnes n’ayant pas été
retenues, le premier essai d’une bombe nucléaire fut réalisé dans une région
désertique appelée Jornada del Muertole à environ 80 kilomètres au nord de la
ville d’Alamogordo au Nouveau-Mexique. La bombe explosa le 16 juillet 1945 et
l’histoire de l’humanité fut transformée à tout jamais. Moins d’un mois plus
tard, les villes de Hiroshima et de Nagasaki furent bombardées et plus de
300 000 civils sont morts. Il est indéniable que le projet Manhattan est
la plus grande réussite militaire de tous les temps. L’énergie du soleil était
devenue source de mort.
Le 5 avril 2014, je me
suis tenu debout au côté du mémorial de Trinity Site et la seule pensée qui me
venait à l’esprit était qu’à Hiroshima et à Nagasaki, les vivants enviaient les
morts.
À notre sortie de la
base de missiles des White Sands, quelques personnes manifestaient contre
l’utilisation du nucléaire. Je suis parfaitement en accord avec eux, mais il
faut que Trinity Site soit accessible afin de se souvenir comment une découverte
scientifique extraordinaire peut devenir un fléau pour l’humanité. Je
détesterai toujours les guerres.
Maintenant je suis la Mort, le destructeur des mondes.
Robert
J. Oppenheimer
Very Large Array
Le film Contact de
Robert Zemeckis est l’un de mes films préférés. On y parle de la science et de
la religion, du rationnel et du spirituel, de la vie et de la mort. Ces sujets
sont au cœur de mes réflexions depuis des années. Cette visite s’imposait
naturellement pour moi.
Dans le film, comme
dans le roman d’ailleurs, le VLA servait
à capter les ondes radio provenant de l’espace, à la recherche de signes de vies
extraterrestres. Sur place, les lieux sont beaucoup moins captivants : 27 gigantesques
radiotélescopes situés sur un plateau du Nouveau-Mexique, à plus de 7500 pieds
d’altitude. Une trentaine de kilomètres peuvent séparer certains
télescopes. La très grande majorité du
temps, l’ensemble de l’équipement sert à des universitaires dans leur étude en
astrophysique ou à des recherches sur les étoiles et les galaxies invisibles à
l’œil nu.
Cette visite a tout
simplement confirmé mon amour pour les sciences et pour la connaissance. Le
soir venu, j’ai pris quelques minutes et j’ai observé la voute céleste. Ce serait effectivement un bien grand
gaspillage si nous étions seuls dans l’univers. Merci Carl Sagan.
Le parc des White Sands
Pureté. Tranquillité.
Beauté.
Nous sommes demeurés
plus de quatre heures dans ce lieu surréaliste qui peut évoquer tant de choses.
Nous aurions pu penser à St-Exupéry et son petit prince, mais nous ne l’avons
pas fait. Nous aurions pu déambuler tranquillement et nous imprégner de ce si
paisible environnement, mais nous ne l’avons pas fait. Nous aurions pu
apprécier ce moment magique de quiétude et de splendeur, mais nous ne l’avons
pas fait.
Nous avons plutôt joué.
Nous avons joué comme des gamins de huit ans qui instinctivement vivent
pleinement le moment présent sans se soucier de quelques façons que ce soit de
ce qui les entoure. Nous avons parlé de St-Exupéry et du Petit Prince. Nous nous
sommes époumonés en escaladant les dunes
pour nous imprégner de ce si paisible environnement. Nous avons vécu ce moment
magique de quiétude et de splendeur.
Les paradis sont faits
pour y vivre pleinement.
Nasa
Je n’ai jamais rêvé
d’être astronaute. Étant jeune, je voulais devenir un superhéros comme le
Capitaine América ou Spider-Man. Avec le temps, le sens du mot héros s’est
raffiné dans mon esprit. J’ai compris qu’un héros n’est pas un personnage
incroyable qui vit des aventures extraordinaires, mais tout simplement
quelqu’un d’ordinaire mis dans une situation hors du commun et qui réagit selon
ses convictions, parfois au mépris du danger. J’ai beaucoup de respect pour
ceux qui peuvent conserver leur sang-froid dans des situations stressantes. Ces
gens sont devenus de véritables sources d’inspiration pour moi et j’essaie de
suivre leurs traces dans les différentes facettes de ma vie quotidienne.
Apollo 13 de Ron Howard
est un merveilleux film sur l’héroïsme et sur le fantastique pouvoir du travail
d’équipe. Me retrouver sur les lieux où ces héros ont tout mis en œuvre pour
sauver les occupants de la capsule spatiale de la mission Apollo 13 était
important pour moi. Voir la salle de contrôle où le directeur de vol, Gene Kranz,
a réussi à créer une synergie avec tous ces jeunes ingénieurs fut un véritable
moment émotif pour moi. J’espère avoir capté un peu de l’esprit qui les animait
à ce moment et que cette expérience fera de moi une meilleure personne.
Alamo
Le 6 mars 1836, près de deux cents volontaires se sont
dressés devant plus de 6000 militaires mexicains pour revendiquer le droit de
vivre sur leur terre. Dans une minuscule mission, ils ont tenu le coup pendant
treize jours, tuant quelques 600 ennemis, avant de tous périr; la légende du Fort Alamo
était née. Leur sacrifice ne fut pas vain car cette période de résistance
permis à Sam Houston de former son armée et de vaincre, quelques semaines plus
tard, ces mêmes mexicains. L’indépendance du Texas fut gagnée pour toujours.
J’ai compris qu’un héros n’est pas un personnage incroyable
qui vit des aventures extraordinaires, mais tout simplement quelqu’un
d’ordinaire mis dans une situation hors du commun et qui réagit selon ses
convictions, parfois jusqu’à donner sa vie.
Souvenez-vous d’Alamo !
Dans les années
soixante, au Québec, certains se sont dressés devant des militaires canadiens
pour revendiquer le droit de vivre sur leur terre. Ils ont tenu le coup pendant
quelques semaines, une personne est décédée et ils furent par la suite emprisonnés.
Leur sacrifice fut presqu’un coup d’épée dans l’eau et l’indépendance du Québec
ne sera probablement jamais gagnée. Un de ces combattants est devenu conseiller
syndical à la Fédération Nationale des Enseignantes et des Enseignants du
Québec et il s’est éteint presque dans l’anonymat. Je l’ai connu et je me
souviens.
Québec, je me souviens,
but God Save the Queen !
Le parc national Big Bend
Le désert est
fascinant. Comment la vie peut-elle se perpétuer dans un milieu aussi hostile ?
Tout est piquant : les cactus, les autres plantes, les animaux, les
cailloux et le sable transporté par le vent qui
nous fouette le visage. L’ombre n’existe pas dans le désert car le
soleil semble toujours directement au-dessus de notre tête. Une randonnée
pédestre de quatre heures est devenue l’épreuve la plus exténuante de mes 50
ans de vie. Le citadin nordique que je suis aura dorénavant beaucoup plus de
respect pour cette portion de notre planète.
Il y a aussi la rivière
Rio Grande. Frontière naturelle entre le Mexique et les États-Unis, elle
délimite toute la partie sud du parc. Une quinzaine de mètres d’eau qui
représentent pour plusieurs la différence entre une vie de misère et le rêve
d’une réalité plus clémente. Durant notre séjour, nous avons vu plusieurs
mexicains franchirent cette rivière afin de venir déposer des objets sur les
sentiers les plus fréquentés par les touristes. Ces objets étaient forts jolis
et ils nous rendaient quelques peu mal à l’aise. Prendre et payer ces objets et
participer à cette contrebande illégale ou ne rien faire en sachant que ces
quelques dollars ne signifiaient par grand-chose pour nous, mais pouvaient
représenter beaucoup pour eux. Nous n’avons rien pris et nous sommes repartis
avec un certain malaise concernant le sens de notre geste.
Le parc national des cavernes de Carlsbad
On dit souvent que la
beauté extérieure est futile et éphémère tandis que la véritable beauté est
intérieure. Depuis le début de notre voyage, j’ai été plusieurs fois emballé
par la beauté des lieux que nous avons visités. Jamais je n’aurais cru possible
de découvrir autant de splendeurs que dans le ventre de notre planète. Les
cavernes de Carlsbad m’ont ému, m’ont bouleversé. J’avais l’impression d’être
dans une cathédrale autant par l’immensité que par le côté solennel de
l’endroit. Les gens se déplaçaient dans un quasi silence, respectant ce lieu comme
si un aspect sacré y était rattaché. Les humains sont ainsi faits : quand
une chose les dépasse, cet objet devient divin.
C’est dans des lieux
comme celui-là qu’il est possible de voir, ou à tout le moins d’imaginer, comment notre terre est en perpétuelle
modification, en continuelle métamorphose de l’intérieur.
Tout au long de notre
descente, je pensais au merveilleux roman de Jules Verne, Voyage au centre de la terre. Je revoyais des images du très beau
film de 1958 avec James Mason dans le rôle du Professeur Lidenbrock. Mes yeux
voyaient des choses, mon cerveau revoyait ma jeunesse et mon cœur était
paisible dans ce lieu grandiose. J’étais heureux au centre de la terre.
17 mars
Graceland
Il était un fois, dans un tout petit village au coeur d'un très grand pays, naquit deux frères jumeaux. Malheureusement, le plus petit des frères ne vécut que quelques heures. Le père et la mère eurent beaucoup de chagrin et ils n'eurent plus jamais d'autre enfant. Ils étaient bien pauvres et leur toute petite demeure eut bien du mal à accueillir le nouveau-né. La foi en Dieu permit à la famille de rester unie malgré la grande pauvreté.
Quelques années plus tard, la famille déménagea dans le village voisin qui était beaucoup plus gros, mais tout aussi pauvre que le précédent. Le petit garçon vieillit et commença à chanter tous les dimanches dans la chorale de son église. Il avait une très belle voix qui allait très bien avec son visage angélique. Timide, il ne voyait pas que toutes les filles du village n'avaient d'yeux que pour lui.
À la fin de son adolescence, il rencontra le Colonel qui devint son conseillé pendant bien des années. Ensemble, ils commencèrent à voyager à travers le très grand pays et, rapidement, le jeune devint un prince adulé. Partout sur son passage, les foules se tassaient pour pouvoir approcher ce jeune homme si exceptionnel. Les jeunes demoiselles étaient folles de lui tandis que les jeunes garçons copiaient ses faits et gestes. En quelques années seulement, il devint le roi. Il était devenu l'âme d'une nouvelle génération.
Il installa son château tout près de son ancienne demeure et demanda à sa mère bien-aimée ainsi qu'à son père de venir habiter avec lui. L'établissement de son château à cet endroit permit au petit village pauvre de connaître une prospérité inespérée et tous lui en étaient reconnaissants. Il était un bon roi et il n'hésitait pas à utiliser sa nouvelle fortune pour en faire profiter sa communauté.
En vieillissant, il devint un très grand roi et sa renommée devint internationale. Des présidents se rendirent à son château pour des visites de courtoisie. Il épousa une jolie demoiselle d'un village voisin et ils eurent une belle petite princesse après quelques temps.
Puis, sans aucun avertissement, le bon roi est mort. Le choc fut tel que même le temps s'arrêta. Il s'arrêta dans le royaume et dans le coeur de tous ses admirateurs de par le monde. La prospérité disparut aussi dans le village et la pauvreté reprit le contrôle de la région.
Je ne connais pas la morale de cette histoire, mais si un jour vous vous arrêtez à Memphis, n'hésitez pas et rendez vous à Graceland. Que vous soyez ou non un fan du King, cela n'a aucun importance. Vous verrez comment le temps s'est arrêté en 1977 à Graceland. Constatez comment le temps n'existe plus pour les admirateurs et les admiratrices qui pleurent chaque jour sur sa tombe et comment la pauvreté est encore très présente dans plusieurs quartiers de cette petite ville du Tennessee.
La mémoire d'Elvis Presley doit être conservée pour ce qu'il a été, pour ce qu'il a fait et surtout pour ce qu'il représente pour tant de gens au travers le monde.
Le salon d'Elvis comme il était le jour de sa mort. Très 1977.
Maison à environ 300 m de Graceland. Le quartier entier est rempli de maisons comme celle-là.
14 et 15 mars
Stone Mountain et L'aquarium d'Atlanta
Nous campons au Stone
Mountain Campground en banlieue de la ville d’Atlanta. Derrière nous se dresse
une immense montagne de granite issue d’une éruption volcanique vieille de
quelques 300 millions d’années. Seule dans la plaine, elle nous montre une
surface dénudée, rongée par le vent et l’eau depuis d’innombrables siècles.
Cette montagne qui est née des entrailles bouillantes de la terre n’a
véritablement connue le jour qu’après plusieurs millions d’années. Souterraine,
elle a été déterrée au rythme d’environ 2 cm par millénaire pour atteindre
aujourd’hui quelques 250 mètres. Les dinosaures l’ont connue ainsi, les premiers humains du continent américain l’ont connue ainsi,
les premiers hommes blancs de la région l’ont connue ainsi et les premiers
esclaves noirs l’ont connue ainsi. C’est maintenant à moi de la connaitre.
À ses pieds, un parc
commémoratif en souvenir des états confédérées. L’histoire des armées sudistes
nous y est racontée, de station en station, de monument en monument. Et puis,
il y a la fresque. Gravée à même le granite de la montagne, une gigantesque
représentation de trois généraux sudistes chevauchant fièrement leur monture.
Notre petit pèlerinage
nous amène à rencontre une vieille dame, tranquillement assise au monument
Arkansas, lisant un livre comme elle le fait trois ou quatre fois par semaine
depuis des années. D’abord intriguée par notre accent, elle nous adresse la
parole et débute notre éducation sur ces lieux, mais surtout sur ce qui n’est
pas dit dans ce parc. Elle nous raconte comment cette montagne fait partie de
l’histoire du sud, entre autre, parce ce que ces terres appartenaient jadis au
Ku Klux Klan. Pendant longtemps, la montagne constituait un lieu de
rassemblement pour ce groupe raciste aux longues tuniques blanches. Il faut se
souvenir du passé, qu’elle nous dit, que ce dernier soit glorieux ou
méprisable. Toutes les guerres sont méprisables, ajoute-t-elle avec une voix
qui tranquillement s’amenuise tandis que son regard se dirige subtilement vers
le sol.
Par la suite, elle nous
invite à grimper au sommet de la montagne car la vue y est magnifique lorsque
le chaud soleil de la Géorgie est présent.
Effectivement, la vue
est splendide du haut de ce lisse promontoire. Ce qui me frappe immédiatement,
c’est la présence de la vie. Des arbres, bien que peu nombreux, ont réussi à
pousser sur ce sol dur et aride. La vie est fragile, mais combien persistante.
Des arbres robustes et matures qui ont survécu au temps. Au-dessus de nos
têtes, nous apercevons de grands oiseaux qui planent au gré des vents
ascendants en laissant sur les flancs de la montagne des ombres immenses et
magnifiques. Des urubus qui tournoient tranquillement et qui parfois se posent
sur les branches au sommet de la montagne. Le spectacle est magique.
Le lendemain, le temps
est très humide et la montagne est complètement cachée par la brume. Nous
quittons le parc pour nous diriger vers la station de train la plus près :
nous visitons aujourd’hui l’aquarium de la Géorgie à Atlanta. 20 minutes sur les
rails pour atteindre le centre-ville de la capitale géorgienne. La ville
ressemble à toutes les grandes villes et malheureusement, l’aquarium ressemble
à tous les aquariums du monde. Nous déambulons d’une exposition à une autre
sans trop d’émotions, parmi une foule dense remplie de petites familles et son
lot de poussettes, plus gigantesques les unes que les autres, transportant des
marmots pleurnichards qui n’en ont rien à cirer des poissons derrière la vitre.
Et puis, le choc. Un
long corridor étroit nous amène au bassin principal. Nous nous retrouvons
devons un bassin aussi grand qu’un écran IMAX où des centaines de poissons
nagent tranquillement en banc ou de façon solitaire, selon leur habitude. Le
spectacle est grandiose. Nous sommes là devant ce spectacle, bouche bée. La
beauté de cette scène où se déroule cet inlassable ballet sous-marin nous amène
à presque oublier les bruits incessants de la foule qui cachent la musique
accompagnatrice. Nous restons sous le charme presque 30 minutes avant de
retourner machinalement à notre visite. Au final, notre visite aura duré
environ quatre heures, mais 30 minutes inoubliables.
10 mars
Everglades
Le parc des Everglades
est tout à fait comme je l’imaginais. Une immense plaine marécageuse où
quelques ilots d’arbres brisent la géométrie plane engendrée par les longues
herbes. Des grands échassiers marchant tranquillement dans l’eau peu profonde à
la recherche de leur repas, tout en surveillant constamment l’alligator le plus
près. Des urubus qui planent au-dessus de nos têtes guettant une tortue trop
aventurière ou un serpent à découvert. Nous sommes dans la saison sèche, mais
tout est humide. Nous restons plus de trois heures dans cet environnement et
nous en profitons pour marcher, pieds nus, dans les eaux du marécage. L’eau est
limpide, mais le fond est très glissant, pour ne pas dire gluant. Il faut
savoir que l’eau n’est pas stagnante dans les Everglades. L’eau est propre et,
une fois filtrée, elle deviendra l’eau du robinet de Miami et de tout le sud de
la Floride. J’enseigne la biodiversité depuis des années, mais pour la première
fois je peux la voir, la vivre.
À quelques kilomètres
de là, nous nous arrêtons chez Buffalo Tiger Airboat Ride. Nous allons explorer
les Everglades à toute vitesse grâce à une petite embarcation propulsée par une
immense hélice digne de celle d’un avion. Notre guide est un autochtone de la
tribu des Miccosukees et nous sommes sur leur territoire. La ballade est très
agréable et les arrêts fréquents nous permettent de bien observer la
végétation, mais surtout les alligators. Notre guide s’approche des alligators,
les nourrit avec du pain et leur touche tout en nous expliquant les mœurs et
les habitudes des alligators et des innombrables espèces d’oiseaux et de
reptiles de la région. Nous planons sur les eaux et sur longues herbes. Notre
périple nous amène enfin à une petite section où des habitations indiennes nous
attendent. Des huttes ancestrales nous amènent à voir le quotidien de ces indiens
floridiens du début du siècle. Nous nous assoyons dans l’une d’elle et notre
guide Randy prend quelques minutes pour nous expliquer qui sont les
Miccosukees. Il évoque la vie de cette société matriarcale, ses croyances et
ses aspirations. Nous sentons clairement qu’il ne nous récite pas un texte
appris par cœur, mais plutôt qu’il laisse parler son cœur. L’évocation des
croyances de son peuple concernant la naissance, la vie et la mort est
particulièrement touchante. Moi qui n’est pas croyant, je réalise qu’il faut
laisser ceux pour qui cela a de l’importance vivre leur foi comme bon leur
semble. Nous quittons heureux de cette rencontre avec la faune, la flore, mais
surtout avec l’esprit.
7 et 9 mars
Key Largo et Key West
Il faut reconnaitre sa petitesse face à la mer. Sur la plage, les vagues nous soulèvent, nous projettent à quelques mètres pour notre plus grand plaisir. Dans les baies et les lagons, faire de la plongée avec un tuba est un jeu d'enfant. Mais dès que nous nous aventurons sur le territoire de l'océan, nos points de repère sont perdus et nous sommes complètement à la merci des forces de la nature.
Mon expérience de plongée à Key Largo fut particulièrement pénible. Dès notre départ des rives du parc John Pennekemp, notre guide nous a avertis que l'exercice serait périlleux. Les vents étaient forts depuis la veille et la mer n'allait véritablement pas être accueillante. Elle ne le fut pas. Des vagues de plus d'un mètre avec un vent puissant, omniprésent nous épuisait dès que nous cessions de l'affronter. Dix minutes après mon entrée à l'eau, j'avais parcouru environ 15 mètres; Linda beaucoup moins et les enfants un peu plus. J'étais inquiet. Pour Linda qui semblait un peu en panique et aussi pour les enfants que je perdais de vue trop souvent. L'expérience qui devait durer une heure dura finalement 20 minutes pour Linda et 35 minutes pour moi et les enfants. Nous avons vu très peu de poissons mais nous avons bu beaucoup d'eau de mer. La mer qui n'était quand même pas déchainée nous a facilement vaincus.
C'est avec beaucoup d'appréhension que nous avons entrepris, deux jours plus tard, le voyage de deux heures trente en direction de l'archipel des Dry Tortugas et du Fort Jefferson. Les conditions météorologiques étaient exactement les mêmes qu'à Key Largo. Les avertissements de notre capitaine étaient inquiétants. La réalité fut pire encore.
Nous avons vogué pendant près de deux heures sur une immense vague de vomissures. Un cauchemar gastrique incommensurable. Les rires des gens qui se sentaient bien se sont rapidement transformés en malaise tellement la situation était généralisée. La vue du fort a finalement apaisé les souffrances de plusieurs.
Dès l'accostage, comme si la nature avait subitement ressenti un quelconque remord, le soleil est finalement apparu entre les nuages et le vent s'est apaisé. La mer allait pouvoir nous accueillir car elle avait montré son incontestable supériorité. Le reste de la journée fut fantastique. La plongée fut comme on pouvait se l'imaginer; la faune et la flore aquatique nous attendaient. Le retour fut paisible.
C'est alors que j'ai songé au vieux Santiago, héros du «vieil homme et la mer» de Hemmingway. Dans les eaux du golfe du Mexique, il a combattu pendant trois jours et trois nuits la mer et l'espadon. J'ai combattu 35 minutes l'océan et aucun poisson. Je suis Manolin.
1er, 2 et 4 mars
Universal Studios
J’adore le cinéma. Sans le savoir, mon père et ma mère sont à l’origine de cette passion. Non pas qu’ils m’aient présenté le cinéma comme un art qu’on apprécie pour ses qualités, mais simplement qu’on aime car il crée en nous des émotions. Joie, surprise, excitation, chagrin et tout le reste.
Mon père adorait les films de Jerry Lewis. J’aime toujours les films de Jerry Lewis. Ma mère me racontait ses sorties au «théâtre » pour voir des films de science-fiction. Le cinéma fantastique a toujours été mon favori.
Je me rappelle certains retours à la maison vers 15h30 lorsque mon père me disait de rentrer à toute vitesse pour voir la fin du film. Je me souviens d’avoir vu James Mason et Pat Boone remonter le cratère d’un volcan depuis le centre de la terre. J’ai en mémoire Jack le tueur de géant combattant le sorcier noir pour sauver la princesse de Cornouailles ou bien Jason faisant face à une horde de squelettes. Je suis toujours aussi marqué par le souvenir du visage de Vincent Price qui découvre avec horreur la mouche à tête humaine sur le point d’être dévorée par l’araignée. L’émotion me rattrape quand je pense au gorille Joe Young qui brave le feu pour sauver les enfants de l’orphelinat. Je me rappelle de Spencer Tracy pêchant cet énorme espadon dans la mer des caraïbes ou John Wayne qui enlace tendrement Nathalie Wood, sa nièce enlevée par les Apaches.
Je me souviens… Je me souviens… et je suis ému.
Notre visite au parc thématique de Universal Studios n’est pas fortuite. À huit ans, j’étais passionné par les super-héros. Je possédais environ 150 bandes dessinées de la compagnie Marvel et quelques dizaines de la compagnie DC. Mon amour du cinéma et des «comics» ne pouvait être mieux comblé.
Qui plus est, j’ai toujours raffolé des montagnes russes et de tous ces manèges multicolores et multiformes qui nous font virevolter dans toutes les directions. Mes souvenirs d’enfance de nos visites annuelles à Expo-Québec ont refait surface quelques heures avant notre arrivée à Orlando. J’espérais vraiment que cette visite serait à la hauteur de mes souvenirs d’enfance.
Toute la famille a été comblée par cette visite des parcs Universal Studios et Island of Adventures. La technologie des simulateurs est devenue tellement avancée que plusieurs montagnes russes deviendront désuètes dans un futur très rapproché. De fait, unanimement, nos trois attractions préférées ont été des simulateurs : Spider-man, Transformers et Harry Potter.
La nostalgie s’est très rapidement dissipée pour faire place à l’émerveillement. J’ai tellement été impressionné par ces parcs que je devrai donc désormais comparer avec mes souvenirs de 50 ans plutôt qu’avec ceux de ma tendre jeunesse.
26 février
Le temple de la renommée du golf
J’aime tous les aspects du golf. J’ai déjà fait mention de
mon amour du jeu et du parcours. Le temple de la renommée m’a permis de
confirmer mon amour pour l’histoire de ce sport. Bien peu de québécois
connaissent les noms de Ben Hogan, Sam Snead, Byron Nelson ou Kathy Whitworth.
Les plus anciens se souviennent des exploits de Jack Nicklaus, d’Arnold Palmer
et de Gary Player, mais avant eux, le néant. Le golf, tel que nous le
connaissons, est né avec ce «Big three». Il est par contre primordial de comprendre que la richesse de ce sport remonte à
bien avant ceux-ci. Le temple de la renommée du golf permet à ses pionniers de rester
dans la mémoire collective à jamais.
Connaitre l’histoire du golf, c’est aussi connaitre l’histoire de l’évolution des mentalités américaines et les luttes pour les droits civiques aux États-Unis. C’est découvrir comment ce sport d’aristocrates et de gens riches est devenu une façon de permettre l’épanouissement des jeunes des communautés ethniques trop souvent pauvres.Il faudra toujours se rappeler de FrancisOuimet et de Charles Sifford, et ce, sans oublier Harry Vardon et Bobby Jones.
Connaitre l’histoire du golf, c’est aussi connaitre l’histoire de l’évolution des mentalités américaines et les luttes pour les droits civiques aux États-Unis. C’est découvrir comment ce sport d’aristocrates et de gens riches est devenu une façon de permettre l’épanouissement des jeunes des communautés ethniques trop souvent pauvres.Il faudra toujours se rappeler de FrancisOuimet et de Charles Sifford, et ce, sans oublier Harry Vardon et Bobby Jones.




Bonjours a vous ,
RépondreSupprimerNous sommes un couple de Québec (47 ans et 45 ans)
En juillet 2014 donc cette année,
nous ,nous apprêtons a faire ce même voyage soit traverser le Canada ,ensuite la cote ouest et revenir par les usa, la total quoi!!
merci de partager avec nous sais très généreux de votre part.
Question = avez vous aces a Internet sur la route genre 3g mobil?
Bonjour Yves,
SupprimerNous n'utilisons pas de connections mobiles, mais seulement celles des campings. Nous avons accès au WiFi environ 3 ou 4 jours par semaine et c'est amplement suffisant. Par contre, la qualité et la rapidité des connections sont très variables. Les parcs nationaux et les parcs d'état n'en possèdent même pas.
À bientôt et merci pour le commentaire.
Bon Voyage
Jean Pouliot