La science



Il y a une trentaine d’années, je suis devenu biochimiste puis professeur de science. La science est véritablement devenue une passion pour moi, il y a environ 15 ans. À la fin des années 90, j’ai vu le film Contact de Robert Zemeckis. Carl Sagan, l’auteur du roman, est devenu pour moi une source d’inspiration incroyable. La science a pris alors un tout nouveau sens dans ma vie. Le biologiste et écrivain Richard Dawkins a écrit: La science est la poésie de la réalité. J’aime cette phrase. 

La science est un outil que l’homme s’est donné pour comprendre le fonctionnement de l’univers. Comment l’infiniment grand et l’infiniment petit coexistent. Comment les êtres vivants ont pu évoluer biochimiquement, physiologiquement et socialement. Comment les mathématiques peuvent réunir dans un langage universel l’ensemble des connaissances humaines. Qu’elle soit pure, appliquée, humaine, sociale ou politique, la science nous amène à poser un regard objectif sur le monde qui nous entoure en développant des théories qui permettent de comprendre et de prévoir partiellement le comportement de la nature. L’histoire de l’humanité et de la science, c’est l’émergence des idées qui ont fait jaillir la lumière sur les éléments obscurs de notre réalité.

Par contre, il ne faut pas lui donner des qualités qui ne sont pas siennes. La science ne peut offrir le salut éternel comme le promet la foi en Dieu, mais elle offre la possibilité d’une vie libérée de la peur irrationnelle de l’inconnu. Ainsi, s’en priver, c’est simplement permettre aux ténèbres d’envahir le monde et de laisser toute la place à des mythes moyenâgeux. Les luttes historiques entre la religion et la science se poursuivent encore aujourd’hui malgré que les préoccupations de chacune devraient être totalement différentes. La religion est comme un ours en peluche qui réconforte lorsque l’on a peur du monstre dans la garde-robe. La science, c’est la lumière que l’on allume pour faire comprendre que la garde-robe ne contient que des objets utiles et inoffensifs. Malheureusement, la religion invente trop souvent, elle-même, ses propres monstres pour justifier son existence. La science, de son côté, oublie qu’il faut éclairer pour rassurer et non pour alimenter la terreur. 

Beaucoup plus qu’un simple ensemble de connaissances que l’on apprend dès l’école primaire, c’est une façon de remettre en cause les idées préconçues basées sur des préjugés et non sur des faits. C’est une façon d’aborder avec scepticisme un monde en changement avec ses multiples courants de pensée. Je n’ai pas peur de ne pas savoir quelque chose, j’ai simplement peur d’accepter de ne pas savoir. Selon moi, trop de personnes acceptent de ne pas savoir. La nouvelle vague d’obscurantisme qui, de plus en plus, s’installe dans notre société occidentale m’inquiète. Le charlatanisme, l’astrologie, les pseudosciences et bien souvent les médecines dites alternatives nous ramènent plusieurs siècles en arrière. Être émerveillé par un magicien, c’est fantastique, c’est divertissant. Croire qu’un médium possède des véritables pouvoirs magiques, c’est de la maladie mentale. 

Certains accusent la science d’être à l’origine de bien des maux, mais on peut rarement reprocher à la science l’utilisation malveillante de ses découvertes. Peut-on imaginer que les familles des disparues du World Trade Center puissent accuser les frères Wright pour la catastrophe du 11 septembre 2001? Les industries, en quête de bénéfices, développent trop souvent les découvertes d’une manière qui ne tient absolument pas compte de l’éthique et du respect du vivant. Nos gouvernements élus démocratiquement prennent les décisions pour l’utilisation guerrière de la connaissance scientifique et technologique. Notre monde cupide qui base trop souvent ses décisions sur la nouvelle religion, l’économie, pose continuellement des gestes dans l’intérêt financier plutôt que dans l’intérêt humain, dans l’intérêt du riche au détriment du pauvre. Dans l’intérêt de l’avoir plutôt que de l’être. Si nous acceptons que nos dirigeants se comportent ainsi, si nous acceptons que l’argent devienne notre nouveau Dieu, si nous acceptons que la religion et le charlatanisme nous ramènent au Moyen Âge, si nous acceptons sans scepticisme les propos entendus dans les médias et ceux de nos dirigeants, alors nous n’avons pas besoin de la science. 

Heureusement, je ne suis pas pessimiste. Je crois que la connaissance triomphera ultimement de l’ignorance et qu’alors, nous pourrons évoluer dans un monde où la première priorité sera la vie elle-même. 

Mais nous nous serons morts mon frère…

Finalement, certains me disent que la science, par ses mesures, ses calculs, ses hypothèses et ses données s’éloigne de la beauté des choses, du moment magique que procure, par exemple, un beau coucher de soleil. Mais le soleil est-il plus brillant ou plus beau si je pense qu’il tourne autour d’une terre plate soutenue par le dieu Atlas ou si je sais que la terre ronde tourne autour d’une boule de gaz située dans la voie lactée, galaxie relativement banale de l’univers en expansion ?

Il y a quelques milliards d’années, une étoile beaucoup plus grosse que notre soleil a gonflé lors d’une augmentation majeure de la chaleur de son cœur de fer. Plus tard, la gravité a ramené l’ensemble de la matière vers un point central et une explosion extraordinaire a eu lieu. Dans toute la galaxie, des éclats sous forme de poussières se sont répandus dans toutes les directions à une vitesse vertigineuse, inimaginable. Dans un coin nébuleux de l’espace, une partie de cette poussière s’est tranquillement condensée pour donner naissance à notre soleil. Puis, doucement, tout doucement, les huit planètes du système solaire se sont formées. Chacune possédant sa propre personnalité, ses propres caractéristiques. Des enfants agités tournoyant autour d’une mère adoptive qui distribue son amour sous forme de chaleur et de lumière. Depuis, les enfants ont changé ; ils ont vieilli. Après quelques millions d’années, la vie est apparue sur une de ces petites planètes. Sur la planète bleue. Une vie modeste, mais énergique, qui avait bien peu de chance de se poursuivre tellement les conditions étaient difficiles. Mais elle a tenu le coup. La vie est ainsi apparue à partir des restes de cette étoile primordiale qui a explosé sous forme de supernova. Nous sommes donc tous composés de poussières d’étoiles. Des poussières d’étoiles formées dans le cœur d’une mère fiévreuse sur le point de mourir. De la poussière d’étoiles… 

La science est la poésie de la réalité.

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