28 Mars
Nous sommes partis depuis maintenant 40 jours et nous avons parcouru environ 8300 km. Après notre arrêt à San Antonio, Texas, nous débutons notre visite du désert américain. Nous partons à la conquête de l'ouest.
Québec - Pinehurst
16 février
Nous partons vivre
cette agréable illusion qu’est la liberté. Nous partons libre comme des
escargots, transportant notre maison avec nous pour ce merveilleux voyage de
178 jours. Depuis trois jours, l’hiver tente de nous empêcher de partir par
tous les moyens, mais nous sommes plus décidés que jamais.
J’aime conduire pendant
des heures. Le temps file sans que mon cerveau puisse se poser sur un sujet
précis. Mes pensées voguent, déambulent, ça et là, au gré du paysage, du temps
et des couleurs qui m’entourent. Je réfléchis à mille choses en même temps, je
réfléchis à une chose seulement. Les
kilomètres glissent sous mon véhicule sans que mon esprit perçoive que le temps
s’écoule autour de moi. On dit qu’en se rapprochant de la vitesse de la lumière
le temps change pour un observateur extérieur. Je n’ai nul besoin d’atteindre
cette vitesse pour vivre cette expérience, même de l’intérieur.
Québec, Drummondville,
Ste-Hyacinthe et Lacolle. L’hiver ne nous quitte pas. À la frontière, Un
douanier zèlé nous fait la leçon sur l’importance de l’école. Seul des parents
indignes amènent un garçon de 12 ans en voyage pendant 6 mois. Je suis
abasourdi par son étroitesse d’esprit. Il fait le tour de ses collègues pour
leur parler de notre projet et, finalement, nous revient pour nous dire qu’aux
États-Unis personne ne se comporte de cette façon et empêche ses enfants
d’aller à l’école. J’aimerais riposter à ses affirmations, mais il tient dans
ses mains nos passeports et, par le fait même, le début de notre périple. Il
finit par nous dire que tout est correct et que nous pouvons quitter.
New York, New Jersey, Pennsylvanie et Maryland. Ils ont tous défilé les
uns après les autres sans que nous nous rendions vraiment compte de quoi que ce
soit. Le circuit des autoroutes ne nous permet pas de distinguer les états si
ce n’est de ces grandes affiches qui nous souhaitent la bienvenue. Étrangement,
nous entrevoyons des Amish sur notre route mais aucun Walmart.
Fatigués, nous nous
arrêtons tous près de Baltimore. Nous couchons à l’hôtel car il est trop tard
pour chercher un camping. Après une courte séance de Skype avec Jessica, nous
fermons les lumières et nous glissons rapidement vers le pays des rêves.
L’aventure est commencée.
17 février
Nous quittons tôt le
matin à destination de Pinehurst en Caroline du nord. Il fait froid mais le
soleil nous accompagne pour toute la route.
À Washington, nous
découvrons qu’on ne doit jamais se fier à un GPS qui nous recommande un
raccourci pour sauver du temps. Détour, détour, détour et détour. Finalement,
nous devions sauver 45 minutes et nous avons sauvé 2 minutes.
Nous arrivons à
Pinehurst aux alentours de 17h00 et nous nous dirigeons au Heritage Campground.
Ce camping se trouve dans une petite ville nommée
Carthage. Personne à l’accueil. Une affiche nous indique de communiquer par
téléphone avec Amy. Nous n’avons toujours pas de téléphone cellulaire et le
camping semble désert. Finalement, Steve, un saisonnier, nous indique de
prendre le lot numéro 9. Amy devrait bientôt venir à notre rencontre. Nous
rencontrons finalement Amy à 12h30 le lendemain matin. Je crois que nous sommes
moins de 10 personnes dans tout le camping et les seuls mots qui me viennent à
l’esprit pour décrire ces gens sont pittoresque et folklorique. Rappelez-vous
les personnages des Arpents verts.
18 février
J’adore le film Le Parrain de Francis Ford Coppola.
Fascination et malaise. Fasciné par cet univers secret. Un monde digne à
l’extérieur mais ignoble à l’intérieur. Un milieu où l’on fête de façon
fastueuse le mariage de sa petite sœur mais où l’on assassine son frère. Un
monde de pouvoir sans pitié. Un malaise certain quand je me rends compte de mon
attachement pour les membres de la famille Corleon.
Mes sentiments sont
semblables lorsque je pense au Augusta National et au Pinehurst Golf Resort.
Fascination et malaise. Fasciné par la beauté des lieux et par la perfection du
parcours. Malaise quand je pense que nous sommes en plein cœur des états
sudistes qui ont trop longtemps été racistes. Au fil du temps, ce racisme s’est
tranquillement transformé pour séparer les hommes non pas en fonction de la
couleur de leur peau mais en fonction du statut social de chacun.
Carthage et Pinehurst
sont des villes voisines, séparées par à peine 20 kilomètres. Pourtant, dans la
première, on découvre une Amérique rurale, pauvre et très religieuse tandis que
la deuxième nous présente une ville belle, tranquille et très aisée. Des rues
étroites bordées d’immenses pins et de belles petites maisons centenaires
presque toutes peintes en blanc et entourées d’une petite clôture de bois de la
même couleur. Pendant que dans la première les fermiers et les locaux s’amusent,
à la tombée du jour, en festoyant au rythme de la musique bluegrass, dans la
deuxième, des gens de l’âge d’or, tous vêtus de
blanc, jouent au croquet sur des terrains impeccablement verts, pendant,
qu’au même moment, les touristes arpentent les allées des 47 terrains de golf
de la région. Le golf est roi à Pinehurst mais pratiquement inconnu à Carthage.
À l’hôtel Carolina, ouvert en 1900, la main d’œuvre est majoritairement noire
tandis que la clientèle est exclusivement blanche. Je ne crois pas que nous
soyons en présence de racisme, mais nous sommes plutôt témoins de l’héritage
d’un passé pas si lointain. Je ne crois pas non plus que les serveurs noirs
ainsi que les femmes de chambre noires de l’hôtel habitent les belles petites
maisons blanches de la ville. Je me trompe peut être.
Par contre, il est
important d’ajouter que dans un cas comme dans l’autre, les gens que nous avons
rencontrés dans ces deux villes ont tous été extraordinairement sympathiques et
amicaux.
Nous jouons trois
rondes de golf à Pinehurst et à Southern Pines et le meilleur mot pour décrire
cette expérience est tradition.
La Floride nous attend
maintenant.

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